EDOUARD LOUIS ecrivain
EDOUARD LOUIS ecrivain
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EDOUARD LOUIS ecrivain

LE MONDE.FR : Entretien avec EDOUARD LOUIS au sujet de son dernier livre “Combats et métamorphoses d’une femme”

« Combats et métamorphoses d’une femme » : Edouard Louis libère sa mère

 

Edouard louis livre sa mere

A bien des égards, ce nouveau livre d’Edouard Louis, consacré à sa mère, semble être un pendant à « Qui a tué mon père ». Et la dimension théâtrale du texte finit de rendre sensible et émouvante la fierté d’être le fils de cette femme-là.

Par Raphaëlle Leyris. Publié le 03 avril 2021 / Article réservé aux abonnés du MONDE

 

A cause, sans doute, de sa radi­calité politique revendiquée, on associe peu Edouard Louis à la tendresse. On a tort. Prenez son précédent texte, Qui a tué mon père (Seuil, 2018) : les deux premiers tiers – évocation par fragments de la vie de son géniteur et de leurs relations – en étaient irrigués, qui mêlaient la douceur à la colère et au regret. Puis la dernière partie virait au réquisitoire, listant les noms des hommes et femmes que l’auteur jugeait responsables des souffrances physiques et économiques de cet homme quinquagénaire.

De Combats et métamorphoses d’une femme se dégage à nouveau force tendresse. A bien des égards, du reste, ce nouveau livre d’Edouard Louis, consacré à sa mère, semble être un pendant à Qui a tué mon père. Dans la forme, d’abord : si, contrairement à ce dernier, Combats… n’est pas explicitement écrit pour le théâtre, il ne porte pas non plus la mention « roman » qui accompagnait En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence (Seuil, 2014 et 2016) ; et ce texte à la première personne se lit naturellement comme un monologue. Rappelons que tous les récits d’Edouard Louis ont été adaptés au théâtre, et qu’il a lui-même joué Qui a tué mon père, dans une mise en scène de Thomas Ostermeier, en 2020. L’écrivain tient cet art pour celui de la « confrontation », et c’est celle-ci qu’il cherche à provoquer par l’écriture – confrontation à une réalité sociologique, celle du « lumpenprolétariat » d’où il vient, et à ce qu’il voit comme la violence exercée sur ce milieu par la société et les décisionnaires politiques.

 Dans Combats…, il pousse ce souhait plus loin, assurant même écrire « contre la littérature » : « On m’a dit que la littérature ne devait jamais tenter d’expliquer, seulement illustrer la réalité, et j’écris pour expliquer et comprendre sa vie [celle de sa mère] (…).On m’a dit que la littérature ne devait jamais se répéter, et je ne veux écrire que la même histoire, encore et encore. »

Histoire de l’oppression d’une femme

Alors, dans ce texte qu’on imagine si aisément déclamé face à un public, Edouard Louis s’essaie à démontrer, multiplie les effets de causalité, les « parce que » et les « puisque », place certaines phrases en gras, d’autres en italique, organise des effets de répétition ou d’écho. La subtilité n’est pas ce que l’auteur vise. Pourtant, elle surgit au fil de cette « histoire d’une libération », qui semble longtemps être surtout l’histoire de l’oppression d’une femme par un ­système économique et patriarcal l’empêchant en permanence d’accomplir les possibilités qu’elle porte en elle. D’être maîtresse de sa vie.

Et la condition de cette subtilité, on y vient, est la tendresse du regard que l’écrivain porte aujourd’hui, à 29 ans, sur sa mère et le parcours de celle-ci, sur la manière dont elle a su, peu avant la ­cinquantaine, se désaliéner et se réinventer, comme lui-même l’a fait en quittant les siens avant l’âge adulte, ainsi qu’il l’a raconté dans En finir avec Eddy Bellegueule. Car si Combats… forme une sorte de diptyque avec Qui a tué…, il rappelle aussi ce livre inaugural et effectue le parallèle entre les trajectoires du fils et de la mère, qui ont réussi à se faire la belle – sans prétendre pour autant que leurs « métamorphoses » respectives puissent être érigées en exemples. Comme tous les livres d’Edouard Louis, Combats et métamorphoses d’une femme dit la honte et la honte d’avoir eu honte. Et la dimension théâtrale du texte finit de rendre sensible et émouvante la fierté d’être le fils de cette femme-là.”

 

« Combats et métamorphoses d’une femme », d’Edouard Louis, Seuil, 128 p., 14 €, numérique 10 €.

 

combats métamorphoses d une femme

 

https://www.lemonde.fr/livres/article/2021/04/03/combats-et-metamorphoses-d-une-femme-edouard-louis-libere-sa-mere_6075460_3260.html

Par Raphaëlle Leyris. Publié le 03 avril 2021 / Article réservé aux abonnés du MONDE

 

Pour en savoir plus : LA GRANDE TABLE CULTURE par OLIVIA GESBERT / FRANCE CULTURE (Durée : 28 mn)

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-culture/edouard-louis-combats-et-metamorphoses-dune-femme

Dans son dernier roman, “Combats et métamorphoses d’une femme” (Seuil, 2021), Édouard Louis nous livre le récit d’une libération : celle de sa mère, Monique, longtemps écrasée par une domination de classe et de genre, qui est finalement parvenue à s’émanciper.

A l’origine du récit se trouve une photo, une photo trouvée par hasard, une photo de sa mère, jeune. Elle y semble heureuse, pleine d’espoir, alors que lui l’a toujours vue sombre et résignée. Ce contraste est pour Édouard Louis de l’ordre du scandale : scandaleuse cette destruction de l’infinité des possibles, scandaleux l’anéantissement de ce bonheur. J’ai décrit mon père, j’ai décrit l’enfance et maintenant j’aimerais décrire ce qu’est un destin de femme, ce qu’a été en tout cas le destin de ma mère. “

J’ai décrit mon père, j’ai décrit l’enfance et maintenant j’aimerais décrire ce qu’est un destin de femme, ce qu’a été en tout cas le destin de ma mère.” (Edouard Louis)