CELINE GRECO “LA DEMESURE” Par Gaëlle DUPONT (LE MONDE.FR)

Celine Greco Maltraitance Infantile

 

“Seule face à la violence”

 

Céline Raphaël intervenait dans un colloque consacré aux violences faites aux femmes. Elle était en fait venue parler d’un parcours extraordinaire, dont elle témoigne aujourd’hui dans un livre, “La Démesure”. Par Gaëlle Dupont (Livre du jour)

Publié le 05 mars 2013 / LE MONDE.FR (Article réservé aux abonnés)

 

A l’occasion du 8 mars 2012, Céline Raphaël intervenait dans un colloque consacré aux violences faites aux femmes. Elle était en fait venue parler d’un parcours extraordinaire, dont elle témoigne aujourd’hui dans un livre, La Démesure. Démesure, comme le déferlement de violence infligée par son père, et comme le dérèglement de la cadence écrite sur une partition de musique. Car tout s’est joué pour elle autour d’un instrument, le piano. Dès l’âge de 2 ans, son père a voulu faire d’elle un prodige. Il la contraindra à travailler l’instrument jusqu’à 45 heures par semaine, lui infligeant diverses punitions quand le résultat n’atteint pas ses exigences : un coup de ceinture pour chaque faute commise, des heures enfermées dans des pièces sans lumière, ses vêtements et disques préférés jetés, des repas sautés…

Elle avait beau essayer de le satisfaire, le résultat n’était jamais assez bon, et la punition certaine. Placée à 14 ans auprès de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), Céline Raphaël est aujourd’hui médecin et docteur en sciences. Elle a un conjoint. “Une belle vie”, dit-elle. C’est une exception.

Son témoignage, écrit à la première personne, est franc et pudique. L’auteur analyse parfaitement les mécanismes à l’œuvre. La violence et les humiliations subies par l’auteur des coups quand il était lui-même enfant. Son déni de la réalité : il persiste à penser que sa fille, adolescente rebelle, a été intoxiquée par les services sociaux. La passivité de l’un des parents, en l’occurrence la mère, à la fois aveuglée et soumise à son mari. Le sentiment de culpabilité de l’enfant, et son silence.

L’indifférence du monde extérieur est également crûment décrite. Céline Raphaël explique très bien comment le statut social de son père, directeur d’usine, toujours charmant en société, a empêché le monde extérieur d’envisager qu’il pouvait maltraiter son enfant.

Autre enseignement du récit : les larges failles de la protection de l’enfance. A peine Céline a-t-elle eu le temps de s’habituer à son premier lieu de vie après le placement, un hôpital, qu’une assistante sociale inconnue débarque, la dépose dans une famille d’accueil non francophone. Les déménagements se succèdent, dans un foyer d’accueil d’urgence, puis un centre pour mineures délinquantes où la lycéenne dort trois heures par nuit, vu le chahut permanent. Il lui faut faire preuve d’une volonté de fer pour poursuivre ses études.

Céline Raphaël a réussi. Mais son témoignage est aussi une dénonciation et une incitation à faire changer les choses pour les victimes d’aujourd’hui.”


“La Démesure” par Céline Raphaël / Max Milo, 237 pages

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/05/seule-face-a-la-violence_1843014_3232.html

 

Céline Raphael La démesure