LA PEUR AU VENTRE : une expérience corporelle

 En France, nous avons une multitude d’expressions pour dire comment nous ressentons la peur : « j’ai le sang glacé », « j’ai la peur au ventre », « ça me glace le sang », « une peur bleue », « je suis terrifiée », « cela me fait froid dans le dos », « j’en tremble de peur »  etc.….etc.

Autant d’expressions qui traduisent bien la variété des émotions qui peuvent nous traverser.

LA PEUR, elle est là, on la sent, et si on passe sa main sur son ventre, il y a une BOULE, logée à l’intérieur. Elle est là… Comment faire ? Que faire avec ça ? Des douleurs partout dans le corps, en permanence, toute la journée.

Parfois un simple message vocal peut vous tétaniser… Quelques mots en forme d’insinuation, et hop ! La peur est là !

Face à cette menace que vous avez bien entendue, votre corps l’a aussi enregistrée immédiatement, elle s’inscrit dans votre chair. Face à un pervers, on se méfie ! CENT FOIS même et on a bien raison ! On se dit : « il ne faut pas prendre les choses à la légère ».

Intérieurement, vous le savez, vous vous en souvenez très bien : des expériences passées, il y a longtemps, lorsque vous étiez adolescentes / jeunes femmes / femmes, votre cerveau et votre corps ont tout mémorisé : vous n’aimez pas marcher seule le soir tard pour rentrer à la maison, ou vous êtes effrayée lorsque les lumières de la ville sont éteintes, ou bien inquiétée par une rue peu éclairée ; le chemin vous le connaissez par cœur, vous savez exactement combien de temps il vous faut pour rentrer chez vous, vous apprenez à bien repérer les rues de votre quartier celles que vous pouvez emprunter le soir après minuit, et les rues à éviter à tout prix, vous apprenez à marcher vite, à baisser la tête, à ne pas vous faire remarquer. Et surtout, vous êtes habillée de manière discrète, pas de jupe, pas de robe, pas de décolleté, lorsqu’on est seule c’est la règle n°1. Ne pas être désirable… Ne pas attirer le regard sur soiNe pas sourire, avoir le visage fermé… Et tout cela vous l’avez appliqué depuis votre adolescence, parce que vous êtes une femme !

En marchant la peur est là, la peur d’une agression, la peur des hommes… C’est là, c’est comme ça. Vous vous êtes habituée à ressentir cela depuis si longtemps… Cela fait partie de votre quotidien en tant qu’adolescente, jeune femme et femme. Prudence, méfiance, vous êtes en mode automatique et vous avancez comme un robot !

Reprenons l’exemple de la menace suspendue au dessus de votre tête, vous êtes chez vous au chaud et en sécurité, mais la menace plane… Vous n’êtes pas rassurée. Dire à quelqu’un qui a peur : « la porte est fermée à clé,  tu ne risques rien… », je vous le dis, on peut toujours essayer de « raisonner » cette personne, on peut, mais cela ne marche pas ! Ou plutôt cela ne suffit pas car le corps a enregistré la menace, dans son « disque dur »  Attention danger ! Votre corps se met alors en mode « hyper vigilance ». La fatigue s’installe, vous êtes fatiguée, épuisée. Le corps en alerte non stop ça fatigue…évidemment !

Être terrifiée, cela veut dire concrètement : on frappe à la porte, il nous est impossible d’aller ouvrir, vous êtes paralysée, la peur est là, votre corps ne veut pas ou ne peut PAS BOUGER.

1/ Ne pas faire de bruit,

2/ Ne pas bouger,

3/ Attendre, et patienter…

Et toute la journée, vos oreilles feront attention à tout bruit vous paraissant suspect. Vous savez bien intérieurement que vous ne risquez rien, mais votre cerveau et votre corps en ont décidé autrement…C’est fou !

C’est incroyable ce que le corps peut faire et à notre insu ! Mais le CORPS SAIT !

Chacun et chacune va trouver ses propres solutions. Comment dépasser sa PEUR ? Comment ne pas laisser cette PEUR vous envahir ? Il faut donc se faire aider, pas le choix. Médecin, praticien EMDR/hypnose, Psychologue, etc. etc.…Objectif : ne plus ressentir cette peur et retrouver de l’apaisement, de la sérénité.

[Il est important de rappeler l’importance de l’environnement (familial/amical), des ressources internes/externes dont chacune peut disposer dans ce type de situation (mobilité, autonomie, accès aux soins, moyens financiers, le temps, le soutien des proches/famille/ami.es, l’accès à des professionnel.les compétent.es dans ce domaine …). Je tiens à souligner que chacune fait comme elle peut en fonction de ses moyens (humains, matériels, financiers…).

Et, parfois, une bonne surprise vous attend, au-delà des soins « classiques » proposés, un LIVRE posé sur votre bureau peut vous aider à aller mieux !

« Le courageux n’est donc pas celui qui ignore la peur. Ce serait pourtant plus simple : il suffirait pour être courageux de pas éprouver la peur, de l’occulter, de la nier, de l’enfouir je ne sais où. Mais voilà, nier la peur, lui refuser un droit de parole, c’est prendre le risque de vaciller bien plus, un jour sans raison apparente, avec fracas. C’est prendre le risque de chuter plus tard et de ne plus savoir pourquoi on a chuté. Alors vivre la peur devient la maxime du courage. »

(Page 17 : « La fin du courage » de Cynthia FLEURY/ BIBLIO ESSAIS / Le LIVRE DE POCHE).

Linh / ALC

Pour information  :

« Violences conjugales : le 3919 se décline en tchat pour faciliter la prise de contact des victimes »

« La fédération nationale Solidarité Femmes a déployé depuis lundi 2 février une messagerie instantanée accessible sur son site du lundi au vendredi, de 13 heures à 20 heures, afin de compléter la ligne téléphonique très sollicitée. » (LIBERATION)

(Article réservé aux abonné.es)

https://www.liberation.fr/societe/droits-des-femmes/violences-conjugales-le-3919-se-decline-en-tchat-pour-faciliter-la-prise-de-contact-des-victimes-20260203_KTXPKTTFYRHF3FT6JQDTKMCLUU/

👉 SOLIDARITE FEMMES / LE 39 19 

https://solidaritefemmes.org/jai-besoin-daide/